
La veille du scrutin, à 11 h 30. Le téléphone sonne chez Casimir Oyé Mba : « Ne quittez pas, je vous passe monsieur le président… » Paul Biya ? Teodoro Obiang Nguema ? Au bout du fil, un chef d’État d’Afrique centrale félicite l’ancien Premier ministre pour sa campagne et… lui conseille de se retirer de la course ! « Si vous ne le faites pas, des violences sont possibles. » Suivent les politesses d’usage : « Restez disponible. Le Gabon a besoin de vous… » Oyé Mba raccroche, perplexe.
Deux heures plus tard, nouvel appel. Cette fois, c’est un chef d’État d’Afrique de l’Ouest qui l’invite à renoncer. « J’ai ressenti ces deux appels comme un coup de massue », commente
aujourd’hui l’ex-candidat. « Des violences ? Je ne voulais pas avoir de morts sur la conscience. »
Tout l’après-midi, il se tâte, consulte… « J’ai vécu un des jours les plus difficiles de ma vie. Je me suis dit : “Si je n’écoute pas leurs conseils, que va-t-il m’arriver ?” » Finalement, à 22 heures, il retire sa candidature. La mort dans l’âme
Évidemment, depuis ce 29 août, Oyé Mba cherche à savoir qui est derrière ces deux coups de fil. Ali Bongo ? C’est exclu. Bien au contraire, le candidat du parti au pouvoir souhaitait vivement que l’ex-Premier ministre reste dans la course pour casser la dynamique unitaire en faveur d’André Mba Obame au sein de l’électorat fang. Mba Obame, justement ? C’est crédible. Pendant la dernière semaine de campagne, l’ancien ministre de l’Intérieur se dépensait sans compter pour faire plier son aîné. Mais a-t-il le bras assez long pour convaincre deux chefs d’État de décrocher leur téléphone ? Pas sûr. Du coup, certains se demandent si la France n’a pas été à la manœuvre. Officiellement, elle n’avait pas de préférence. En réalité, elle redoutait une victoire de Pierre Mamboundou, l’homme politique le plus imprévisible du Gabon. Bien sûr, face à un éventuel tsunami Mamboundou, la France disposait déjà de la digue Ali Bongo. Mais, si jamais celle-ci cédait, elle avait tout intérêt à construire une seconde digue avec Mba Obame.